AFIR, ISO 15118, V2X : ce que la nouvelle norme européenne va changer

Depuis le 18 juin 2025, l’Union européenne a durci ses exigences sur les bornes de recharge. Le règlement AFIR impose désormais une nouvelle norme de communication (l’ISO 15118) à toutes les bornes publiques installées en Europe à partir du 8 janvier 2026.
Derrière cet acronyme technique se cache une révolution silencieuse : la borne de recharge devient un équipement intelligent, capable de dialoguer avec votre véhicule, votre maison et demain… le réseau électrique.
On vous explique ce que ça veut dire concrètement, et pourquoi ça change aussi quelque chose au moment de choisir votre installation à domicile.

 L’AFIR, c’est quoi exactement ?

Autant vous le dire tout de suite, cette partie est un peu barbare, mais non moins necessaire pour bien savoir de quoi on parle ici.

Derrière cet acronyme (un peu austère il faut bien le dire) se cache un texte qui va changer concrètement la façon dont toute l’Europe installe et utilise des bornes de recharge. L’AFIR, pour Alternative Fuels Infrastructure Regulation, est le règlement européen (UE 2023/1804) adopté le 13 septembre 2023. Il a été complété en juin 2025 par un second texte (UE 2025/656), publié au Journal Officiel de l’Union européenne le 18 juin 2025. C’est ce complément qui impose notamment la norme ISO 15118 aux bornes de recharge AC.

Contrairement à une directive, un règlement européen s’applique directement dans tous les États membres, sans transposition nationale. Pas besoin qu’un gouvernement le retranscrive dans son droit local : il entre en vigueur tel quel, partout en Europe, aux mêmes dates. C’est une différence importante et c’est ce qui rend l’AFIR particulièrement structurant pour l’ensemble du secteur.

L’AFIR s’inscrit dans le cadre du plan européen « Ajustement à l’objectif 55 », qui vise à réduire les émissions de CO₂ de 55 % d’ici 2030. La mobilité électrique en est un levier central, et l’infrastructure de recharge en est la condition. Pas de bornes fiables et interopérables = pas de transition crédible.

Concrètement, le règlement couvre plusieurs dimensions :
Le déploiement de bornes rapides sur les grands axes routiers,
La transparence tarifaire,
Le paiement sans abonnement obligatoire sur toutes les bornes publiques,
La publication en open data des informations sur les bornes (localisation, disponibilité, tarifs en temps réel)
Et la normalisation des protocoles de communication entre le véhicule et la borne. C’est ce dernier point qui nous intéresse particulièrement ici.

Une précision importante : si l’AFIR concerne d’abord les bornes publiques, les bornes résidentielles entrent également dans son périmètre à partir de janvier 2027 pour les nouvelles installations. Ce n’est donc pas uniquement une affaire de superchargeurs sur autoroute c’est aussi ce qui se passe chez vous, dans votre garage.

ISO 15118 et Plug & Charge : la fin des badges et des applications

recharge électrique AFIR ISO 15118

Pour comprendre ce que change l’AFIR dans le quotidien d’un conducteur de véhicule électrique, il faut s’intéresser à la norme qui est au cœur du règlement : l’ISO 15118. C’est le protocole de communication entre le véhicule et la borne. En clair : le langage que parlent la voiture et le chargeur pour s’identifier, s’authentifier et gérer la session de recharge.

Aujourd’hui, pour recharger sur une borne publique, il faut généralement une carte RFID, une application, ou un QR code. C’est fonctionnel, mais ce n’est pas fluide. L’ISO 15118 change ça de fond en comble grâce à une fonctionnalité appelée Plug & Charge : vous branchez le câble, et c’est tout. Le véhicule s’identifie automatiquement auprès de la borne via un certificat numérique, la session démarre, la facturation se déclenche. Aucune intervention de l’utilisateur n’est nécessaire. C’est l’équivalent du « paiement sans contact », appliqué à la recharge électrique.

La norme ISO 15118 se décline en deux versions aux implications très différentes :

  • ISO 15118-2 : c’est la première génération. Elle couvre le Plug & Charge et la communication sécurisée entre le véhicule et la borne. C’est cette version qui est obligatoire depuis le 8 janvier 2026 pour toutes les nouvelles bornes AC publiques installées ou rénovées en Europe, selon le règlement UE 2025/656. Pour la recharge DC (courant continu, bornes rapides), elle est déjà en place et supportée depuis plusieurs années.

 

  • ISO 15118-20 : c’est la deuxième génération, publiée en 2022. Elle va beaucoup plus loin : en plus du Plug & Charge amélioré, elle normalise la recharge bidirectionnelle, c’est-à-dire la capacité pour le véhicule de renvoyer de l’énergie vers la maison ou le réseau. C’est la norme qui ouvre techniquement la porte au V2H et au V2G, dont nous parlerons dans la suite de cet article. Elle devient obligatoire pour les nouvelles bornes publiques à partir du 1er janvier 2027 (dans quelques mois donc…), et s’étend également aux bornes résidentielles nouvellement installées à cette date.

Pour les fabricants de bornes, la conformité ISO 15118 implique de faire enregistrer ses produits auprès de Hubject, la plateforme qui gère le pool de certificats permettant le Plug & Charge dans toute l’Europe. C’est un prérequis technique concret, pas seulement une case réglementaire à cocher.

⚠️ Ce qu’il faut retenir : avec l’ISO 15118, la recharge électrique est en train de devenir aussi simple que de brancher un appareil. Les nouvelles bornes publiques installées depuis janvier 2026 sont déjà conformes à cette norme. Et dans trois mois, au 1er janvier 2027, la deuxième génération (ISO 15118-20) entrera à son tour en vigueur, ouvrant la porte à la recharge bidirectionnelle. Le fond du problème de l’expérience utilisateur sur les bornes publiques est en train d’être résolu par la norme elle-même.

V2L, V2H, V2G : votre voiture comme source d’énergie

C’est probablement la partie la plus enthousiasmante de cette évolution technologique. Et aussi celle qui mérite le plus de clarté, tant les acronymes circulent parfois sans explication. V2L, V2H, V2G : trois usages distincts, trois niveaux de complexité, et une maturité très différente en France.

Le point de départ commun : la batterie d’un véhicule électrique est un stock d’énergie considérable. Une batterie de 60 kWh, c’est l’équivalent de plusieurs jours de consommation électrique d’un foyer. Jusqu’ici, cette énergie ne servait qu’à faire rouler la voiture. Les technologies V2X (Vehicle-to-Everything) permettent de l’utiliser autrement.

V2L pour Vehicle-to-Load : alimenter un appareil depuis la voiture

C’est le plus simple et le plus immédiat. Le V2L permet d’alimenter directement des appareils électriques depuis une prise intégrée au véhicule : une perceuse sur un chantier, un frigo de camping, un vélo électrique à recharger. Aucune installation n’est requise, aucune autorisation nécessaire. Plusieurs véhicules le proposent déjà en série : Hyundai Ioniq 5 et 6, Kia EV6, MG4, BYD. C’est disponible maintenant, sans borne dédiée.

V2H pour Vehicle-to-Home : alimenter sa maison depuis la batterie du véhicule

Le V2H va plus loin : la batterie du véhicule alimente l’ensemble du logement, via une borne bidirectionnelle reliée au tableau électrique. L’intérêt est double : utiliser l’énergie stockée pendant les heures où l’électricité est chère, ou assurer une continuité d’alimentation en cas de coupure réseau. Couplé à des panneaux solaires, le V2H permet de stocker la production du jour dans la batterie de la voiture et de la consommer le soir.

Point important sur le cadre réglementaire : le V2H reste un circuit privé entre le véhicule et le logement. Il ne nécessite pas d’autorisation du gestionnaire de réseau (Enedis), contrairement au V2G. En France, cette technologie est techniquement mature mais les premières bornes V2H destinées aux particuliers ne sont pas encore commercialisées à grande échelle. C’est l’usage bidirectionnel le plus proche de la réalité pour les particuliers français à court terme.

V2G pour Vehicle-to-Grid : réinjecter de l’énergie dans le réseau

Le V2G est l’usage le plus ambitieux. Le véhicule ne se contente plus d’alimenter la maison : il réinjecte de l’électricité dans le réseau public, piloté par un opérateur (comme Dreev, la coentreprise EDF-Nuvve), et peut être rémunéré pour ce service de flexibilité. Des milliers de véhicules branchés simultanément forment une réserve d’énergie mobilisable en quelques secondes, utile pour équilibrer le réseau aux heures de pointe.

En France, le V2G est réglementairement plus complexe. Il nécessite une autorisation formelle d’Enedis, un compteur Linky, un contrat avec un opérateur dédié et une attestation Consuel. Les premiers programmes pilotes existent, notamment avec Renault et EDF. Mais ce n’est pas encore accessible au grand public. EDF ne confirme pas à ce jour un accès ouvert au renvoi d’énergie dans le réseau pour les particuliers. La borne pourra être prête techniquement bien avant que le cadre réglementaire français ne l’autorise pleinement.

⚠️ Ce qu’il faut retenir : ces trois technologies ne sont pas sur le même niveau de maturité. Le V2L fonctionne aujourd’hui. Le V2H se déploie. Le V2G se construit encore, du moins en France. Mais ce qui change avec l’ISO 15118-20, c’est que l’infrastructure sera prête à les accueillir dès que le cadre réglementaire et commercial suivra dans chaque pays.

Le calendrier des obligations en Europe

Pour y voir clair sur ce qui est déjà en place et ce qui arrive, voici les dates clés du déploiement de l’AFIR et de l’ISO 15118, telles qu’elles ressortent du règlement UE 2023/1804 et de son complément UE 2025/656 publié au Journal Officiel de l’UE le 18 juin 2025.

Date Obligation Périmètre
Avril 2024 Entrée en vigueur de l’AFIR Tous les États membres de l’UE
Avril 2025 Open data obligatoire (format DATEX II) : localisation, disponibilité, tarifs en temps réel Tous les opérateurs de bornes publiques
Avril 2025 Paiement sans abonnement obligatoire (carte bancaire, sans contact) Toutes les bornes publiques
8 janvier 2026 ISO 15118-2 obligatoire : Plug & Charge et communication sécurisée véhicule-borne Toutes les nouvelles bornes AC publiques installées ou rénovées
1er janvier 2027 ISO 15118-20 obligatoire : recharge bidirectionnelle (V2H, V2G) et Plug & Charge renforcé Toutes les nouvelles bornes publiques ET résidentielles nouvellement installées

Deux points méritent d’être soulignés. D’abord, sur le 8 janvier 2026 : À l’heure où nous écrivons ces lignes, cette échéance est déjà passée. Les nouvelles bornes publiques AC installées depuis cette date en Europe sont censées être conformes à l’ISO 15118-2. En pratique, le déploiement est progressif et les contrôles varient selon les pays, mais la norme est en vigueur.

Ensuite, la date du 1er janvier 2027 concerne aussi les bornes résidentielles nouvellement installées. C’est le point qui change la donne pour les particuliers : une borne posée chez vous après cette date devra être conforme à l’ISO 15118-20, donc techniquement prête pour la recharge bidirectionnelle. Ce n’est pas une contrainte supplémentaire pour l’utilisateur, c’est une garantie que l’installation sera compatible avec les usages de demain.

Ce que ça change pour les bornes Easee que nous installons

Easee est depuis longtemps la borne que nous installons le plus chez nos clients à Nantes et en Loire-Atlantique. Le 22 septembre 2026, la marque norvégienne a publié une annonce officielle qui clarifie sa position face aux nouvelles obligations AFIR et ISO 15118. Voici ce qu’elle dit, et ce que ça implique concrètement.

Borne Easee compatible ISO15118

Ce qu’Easee a annoncé

À partir du 1er janvier 2027, deux modèles seulement seront commercialisés par Easee sur les marchés européens : le Charge Max pour le résidentiel, et le Charge Pro pour les copropriétés, entreprises et sites commerciaux. Ces deux bornes sont conformes d’usine aux normes MID, AFIR et ISO 15118, et intègrent un hardware V2X-ready dès leur sortie d’usine. Ce ne sont pas des promesses de mise à jour logicielle : le matériel est physiquement prêt.

En contrepartie, les modèles Charge Core et Charge Up sont retirés du marché européen au 31 décembre 2026. La dernière date d’achat pour ces deux modèles est fixée au 31 octobre 2026, soit dans quelques jours au moment où nous publions cet article. Ces modèles ont été conçus avant que les exigences AFIR en matière de comptage certifié et de V2X n’existent, et ne peuvent pas être mis à niveau matériellement pour y répondre. C’est la raison pour laquelle Easee a choisi de simplifier sa gamme plutôt que de multiplier les versions intermédiaires.

Source : annonce officielle Easee, publiée sur easee.com le 28 septembre 2026.

Quid des bornes déjà installées chez vous ?

C’est la question que beaucoup de nos clients vont se poser. La réponse d’Easee est claire sur ce point : les bornes Charge Core et Charge Up déjà installées restent pleinement couvertes par la garantie et les engagements de service après-vente de la marque. Elles continuent de fonctionner normalement. Elles ne deviendront pas non conformes du jour au lendemain, car les obligations AFIR ne s’appliquent qu’aux nouvelles installations ou aux bornes rénovées, pas aux équipements existants.

En revanche, ces modèles ne pourront pas évoluer vers la conformité ISO 15118-20 ni vers les fonctionnalités V2X. Ce n’est pas une question de mise à jour, c’est une limite matérielle. Si vous souhaitez à terme de profiter du V2H ou du V2G, il faudra prévoir le remplacement de la borne le moment venu.

Ce que ça veut dire pour une nouvelle installation aujourd’hui

Si vous installez une borne en ce moment, la question du modèle mérite d’être posée clairement avec votre installateur. Nous sommes dans une période de transition : les anciens modèles sont encore disponibles jusqu’au 31 octobre, les nouveaux modèles conformes AFIR arrivent. Choisir dès aujourd’hui une borne V2X-ready, c’est s’assurer que votre installation sera compatible avec les évolutions réglementaires et technologiques des prochaines années, sans avoir à tout reprendre. C’est exactement le type d’arbitrage que nous vous aidons à faire le jour du rendez-vous.

Borne, solaire, batterie : l’installation pensée pour durer

On vient de le voir : une borne conforme ISO 15118-20 sera techniquement prête pour le V2H dès que le cadre réglementaire français l’autorisera pleinement. Mais cette capacité prend tout son sens dans un contexte particulier : celui d’une maison qui produit sa propre électricité.

C’est ici que la vision de Recharge à Domicile prend tout son sens. Nous ne vendons pas une borne. Nous réfléchissons à un écosystème complet : production solaire, stockage d’énergie et recharge intelligente du véhicule. Trois briques qui, combinées, permettent d’aller bien au-delà de ce qu’une borne seule peut offrir.

Installateur de bornes de recharge et panneuax solaires à Nantes

La borne seule : une brique utile mais incomplète

Une borne de recharge à domicile, c’est déjà une économie substantielle par rapport à la recharge sur bornes publiques ou au carburant thermique. Nous l’avons montré chiffres à l’appui dans notre article sur le coût réel de la recharge. Mais une borne branchée sur le réseau EDF reste soumise aux fluctuations tarifaires, aux heures pleines et à la dépendance au réseau.

Les panneaux solaires : produire sa propre énergie de recharge

Ajouter des panneaux solaires change radicalement l’équation. Une installation de 6 kWc produit entre 6 000 et 7 000 kWh par an en Loire-Atlantique. Un véhicule électrique parcourant 12 000 km consomme environ 2 160 kWh pour se recharger. La production solaire couvre largement les besoins de recharge annuels, et au-delà. Chaque kilowattheure autoconsommé est un kilowattheure qu’on n’achète pas au réseau.

La batterie de stockage : le maillon qui boucle le système

Le seul inconvénient du solaire, c’est que la production ne coïncide pas toujours avec les besoins. On produit en journée, on recharge souvent le soir. Une batterie de stockage domestique, comme le Tesla Powerwall, résout ce décalage : elle emmagasine l’excédent solaire de la journée et le restitue au moment où vous en avez besoin, y compris pour recharger le véhicule la nuit.

Demain, avec le V2H, la batterie de votre véhicule électrique pourra jouer ce même rôle de stockage, en complément ou en remplacement d’une batterie fixe. Les deux systèmes sont complémentaires : la batterie domestique est disponible en permanence, celle du véhicule l’est seulement quand la voiture est branchée. Combiner les deux, c’est maximiser l’autonomie énergétique du foyer.

Anticiper aujourd’hui pour ne pas tout refaire demain

Installer une borne « V2X-ready », des panneaux solaires dimensionnés pour votre consommation et une batterie de stockage, c’est construire une infrastructure qui vieillira bien. Quand le V2H sera pleinement accessible en France, votre installation sera prête à en tirer parti sans modification majeure. C’est précisément ce que nous concevons lors de nos visites techniques : pas une borne posée vite, mais un système cohérent pensé sur le long terme.

Conclusion : Installer aujourd’hui une borne prête pour demain

L’AFIR et l’ISO 15118 ne sont pas des sujets réservés aux techniciens ou aux régulateurs européens (bien qu’à lecture de cet article on comprend que le sujet, ou du moins sa présentation, demeure assez technique) . Ce sont les fondations sur lesquelles la recharge électrique va s’appuyer pour devenir plus simple, plus intelligente et plus intégrée à la vie énergétique du foyer. Une partie de cette transformation est déjà en marche depuis janvier 2026. L’autre arrive dans trois mois.

Ce que ça change pour vous, concrètement : la borne que vous installez aujourd’hui n’est plus seulement un point de recharge. C’est une infrastructure.acquis pour les années à venir. A condition de choisir le bon matériel. Les bornes que nous installons sont d’ores et déjà en avance sur ce que la réglementation française permet aujourd’hui. Le V2H et le V2G ne sont pas encore ouverts au grand public en France, mais le hardware est prêt à les accueillir dès que le cadre réglementaire suivra.

Il n’y a aucune raison d’attendre. Recharger à domicile aujourd’hui, c’est déjà économiser entre 4 et 5 fois moins cher qu’un plein de carburant. C’est profiter du confort de brancher le soir et de repartir le matin avec un véhicule plein. Et avec le bon matériel, c’est aussi s’assurer que votre installation sera compatible avec ce que la technologie et la réglementation rendront possible demain à Nantes comme partout en France.

Chez Recharge à Domicile, c’est exactement ce que nous faisons lors de chaque visite technique : choisir avec vous le matériel le plus pertinent pour votre situation aujourd’hui, en vous assurant qu’il sera à la hauteur de ce qu’on vous proposera demain.

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